Objectif "0 phyto" pour le Golf du Beaujolais avec Jean-Michel Thibaudet

Jean-Michel Thibaudet, intendant du Golf du Beaujolais au sein de la société Tarvel, nous explique comment est entretenu ce golf qui surplombe le Vignoble du Beaujolais à Lucenay. 

Article réservé aux membres Le Club
Golf_du_Beaujolais_Jean_Michel_Thibaudet_Tarvel

Pourriez-vous vous présenter ? Avec qui et comment travaillez-vous ?

Je travaille pour la société Tarvel sur le contrat (parcours, practice, compact) du Golf du Beaujolais situé à Lucenay dans le 69. Nous sommes prestataires avec un contrat d'entretien. Nous avons un mode de fonctionnement différent des autres golfs car nous avons une équipe dédiée au parcours et nous travaillons par contrat avec un engagement financier.

Au niveau du personnel, en pleine saison, nous sommes quatre modulables. Nous faisons du bon travail et notre client est en général très satisfait de nos prestations.

 

Quel est votre parcours personnel ?

J'ai commencé dans les années 80, j'ai fait la deuxième session de l'école de Greenkepper à Neuvic, nous étions les tout premiers ! Puis je suis parti faire mon service militaire sur un golf à Salon-de-Provence et après je suis parti plus de 10 ans en région parisienne. J'ai également travaillé avec une société japonaise. Je suis revenu dans la région dans les années 90 sur Mâcon puis j'ai réintégré Tarvel en 2003. Le golf est avant tout une passion, je pratique également la discipline qui me permet d'avoir un recul pour mieux comprendre le parcours et ses fonctionnalités par rapport aux circonstances de jeu. Le métier de greenkeeper est également un métier de passion, il faut être passionné. Lorsque nous testons de nouvelles méthodes et que l'on obtient un bon résultat, c'est satisfaisant.

 

Depuis combien de temps Tarvel intervient sur l'entretien de structure sportives ? S'occupe-t-elle d'autres infrastructures sportives ?

Nous travaillons également sur d'autres golfs : celui de Vittel Ermitage et celui d'Opio Valbonne. 55 ans d'histoire, Tarvel crée et entretient des terrains de sports naturels et synthétiques.

Pourriez-vous décrire le parcours du Golf du Beaujolais ? Comment les zones de jeu et les obstacles sont-ils répartis ?

C'est un golf de 60 hectares dont 1.5 hectare de greens et autant en départs, 11 hectares de fairways, 30 hectares de roughs. Le reste est composé d'étangs, de bois et nous avons beaucoup de bunkers, il y en a environ 80.

 

Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

Au niveau fertilisation, nous avons pour objectif d'évoluer au niveau du respect de l’environnement, c'est le leitmotiv de la société Tarvel. Pour cela, nous allons limiter les intrants, gérer au minimum toutes les opérations toxiques comme les fertilisations et les traitements lourds. L'objectif est de passer à "zéro phyto" en 2020, en étant innovant et en trouvant des astuces.

Pourriez-vous nous citer quelques unes de vos astuces ?

Nous travaillons avec des biostimulants, nous avons une fertilisation liquide sur green avec des apports organiques. Nous avons également une tondeuse a green équipée d'un pulvérisateur, nous tondons et pulvérisons en même temps. Nous mutualisons les machines pour faire deux voire trois opérations en même temps et cela est un véritable gain de temps. Nous recourons également à des applications de mycorhize, de levure etc...

Quel substrat utilisez-vous ?

Sur le green nous avons un support sableux pur et inerte avec un peu de vie microbienne, nous réinjectons de la vie microbienne en mettant des bactéries du sol. C'est bien que l'on puisse travailler avec des bactéries, on fait des essais et ça marche ! On a mis des bactéries en septembre, octobre, novembre et décembre, on a donc fait quatre traitements et on n'a eu aucune attaque et cela est un plus. C'est une progression géniale pour notre métier , d'autant plus que les golfeurs ont peur dès que l'on sort le pulvérisateur. Puis nous faisons des contrôles régulièrement avec des analyses de sols tout les deux ans pour voir la tendance et voir ce que cela donne au niveau du feutre, du rapport PH, du rapport C/N (rapport massique carbone sur azote) etc. Nous gérons cela en essayant de diminuer les rapports d'azote car nous nous sommes rendus compte que l'on favorise les maladies et affecte la qualité du jeu. Donc pour les compétitions nous voulons proposer un niveau de qualité plus haut, car les joueurs sont exigeants. En été, nous avons une grosse fréquentation, nous avons trois compétitions par semaine. Nous anticipons les compétitions surtout concernant l'entretien des greens car c'est ici que tout se joue, c'est donc la priorité. 

Cela représente-t-il une pression pour vous et votre équipe ?

Je pense que nous avons une pression plus importante que nos confrères des autres golfs parce que notre budget n'est pas extensible. Il faut donc s'adapter et être très flexible. Concernant les joueurs, il y a également une pression assez constante car nous avons uniquement des retours pour nous réprimander mais jamais pour nous encourager ou nous féliciter.

 

Quelles sont les zones sensibles autres que les greens ?

Les zones de jeu qui sont souvent fréquentées comme les départs et les fairways, nous allons d'ailleurs refaire deux fairways complètement en placage, ainsi que les bunkers qui demandent également beaucoup d'entretien en travaux de découpe, de nettoyage et de finition. Les roughs aussi, on a une grosse tondeuse qui tourne toute la semaine. 

 

Vous parliez de maladies tout à l'heure, en avez-vous traité récemment ? Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Cet été, nous avons eu des attaques de dollar spot sur nos greens. Cela nous a handicapé car le parcours était bien jusqu'en juin et nous avons eu ces attaques en juillet-août. D'autant plus que c'était les vacances, avec une fréquentation plus importante sachant que notre équipe était réduite. Il a donc été très difficile de s'en débarrasser. Nous les avons traités pendant tout l'automne et nous récupérons seulement maintenant. Il faut donc être très vigilant face a ces attaques. Nous avons fait des traitement préventifs avec des bactéries mais il y a une limite car la maladie était tellement installée qu'elle a pris le dessus et nous n'arrivions pas à gérer.

C'est une problématique car les produits phytosanitaires standards fonctionnent, nous avons une sécurité par rapport à cela mais vu que nous travaillons en bio, c'est plus difficile à gérer car on ne sait pas si l'action a marché ou pas, vu qu'il s'agit de travail préventif. Nous sommes dans une phase d'expérimentation avec ces produits bio.

 

Ces difficultés ne sont-elles pas accentuées avec le réchauffement climatique ? Comment gérer vous l'arrosage et l’utilisation de l'eau sur le parcours ?

En effet, le réchauffement climatique est difficile à gérer surtout au niveau de l'arrosage en termes de quantité d'eau et de fréquence. De plus, nous avons un arrosage automatique avec gestion centralisée qui date, avec un vieux système moins efficace que les systèmes plus modernes. Nous avons également un pluviomètre qui coupe automatiquement l'arrosage en cas de grosse pluie. On ressent également ce réchauffement au niveau de la tonte. En effet, nous tondons de plus en plus tard, d'habitude nous avions fini nos tontes en novembre et décembre. Maintenant, avec ces hivers doux, nous reprenons nos tontes en début d'hiver, ce qui n'arrivait pas auparavant.

 

D'où provient l'eau que vous utilisez ?

L'eau provient des étangs présents sur et autour du parcours, des grands bassins et  il y a une arrivée d'eau naturelle de la montagne.

 

Au niveau des nouvelles réglementations d'utilisation de produits phytosanitaires, voyez-vous votre métier évoluer et changer ?

C'est de plus en plus compliqué par rapport au traitement comme par exemple le "traitement mousse" puisque le Mogétonva disparaître. Il va falloir trouver d'autres solutions et cela va demander des coûts supplémentaires dans l'entretien car il y aura moins de traitement généraux. Nous devront faire des scarifications, des sur-semis plus souvent, des regarnissages et donc recourir à plus de travaux mécaniques qu'avant.

 

Pensez-vous que les joueurs l'entendent ? 

Non, ils sont concentrés sur leur jeu, ils ne se rendent pas compte et peuvent être parfois déconnectés de la réalité par rapport à ce que l'on fait. Je pense qu'il faut que l'on communique davantage avec eux.

 

Et avec la direction ?

Une très bonne communication avec la direction du Golf. Nous échangeons régulièrement pour parler des différentes problématiques et des solutions que nous souhaitons apporter.

 

Comment se déroule votre travail mécanique ?

Nous faisons plusieurs opérations notamment sur le green : des aération à louchets pleins une fois par an où l'on décompacte en profondeur et une aération à louchets creux au printemps ou en automne. Lors de cette dernière opération, nous retirons des carottes, nous les évacuons et nous remettons du sable avec un substrat adapté en fonction de l'analyse. En complément, nous faisons des micro-aérations (2 ou 3 dans l'année). En général les joueurs ne veulent plus que l'on fasse des travaux d'opérations lourdes sur le green pour éviter de gêner le jeu. C'est de plus en plus compliqué car il faut adapter le programme d'entretien au jeu et au planning des compétitions avec une fréquentation importante (400 membres).

 

Travaillez-vous avec votre smartphone pour d'autres opérations ? Avez-vous d'autres méthodes de travail spécifiques ?

Oui, nous utilisons le smartphone concernant l'arrosage. Nous saisissons nos rapports d'activité journaliers (hommes et machines) sur une borne permettant un suivi du contrat.

 

redactionateprofield.com (Lucas Sanseverino)

Sur le même thème