GSPH24 a interrogé des intendants de terrains français qui exercent ou ont exercé leur métier à l’étranger pour en apprendre davantage sur l’entretien des sols sportifs professionnels en dehors de l’Hexagone. Pour ce premier épisode, Axel Goguillon nous raconte le début de son expérience au golf irlandais d’Adare Manor, hôte de la Ryder Cup 2027. Il y est parti en juin dernier, à la recherche de la perfection au sein d’un environnement propice aux golfs d’élite.

Bonjour Axel, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Axel Goguillon, j’ai 24 ans. Je suis joueur de golf depuis plus de 10 ans. J’ai commencé à travailler sur les golfs en 2015 avec une première expérience d’1 an au golf d’Orléans comme jardinier. J’ai enchainé sur un poste de greenkeeper au Pau Golf Club pendant 1 an et demi. Puis j’ai été successivement greenkeeper au golf de Saint-Cloud, au golf de Chantaco près de Saint-Jean-de-Luz et, en 2020, au golf de Lourdes, où je gérais 5 jardiniers. J’ai rejoint l’Adare Manor Golf Club cette année, toujours comme greenkeeper.
Pourquoi es-tu parti à en Irlande ?
Après mon passage à Lourdes, j’ai fait un break de 6 mois. J’avais pour projet de monter mon entreprise de golf indoor. Puis sur LinkedIn, j’ai appris par un ami que le golf d’Adare Manor cherchait du personnel. J’ai passé mon entretien et j’ai été retenu ! C’est un golf que je ne connaissais pas du tout. Je ne suis pas très curieux des golfs étrangers, même si je connais les classiques comme St Andrews. Avec la perspective de la Ryder Cup en 2027, je me suis dit que c’était une opportunité à saisir. J’y travaille depuis juin.
Peux-tu présenter le golf dans lequel tu travailles ?
Le golf d’Adare Manor est un 18 trous qui se situe dans le Comté de Limerick, dans le Sud-Ouest de l’Irlande. L’ensemble du complexe (golf, manoir, salles de sport, spa, tir à l’arc) fait 840 ha. Au total nous sommes 600 employés dans la structure. Pour l’entretien du golf nous sommes 40 greenkeepers à temps plein, avec un surintendant. Nous sommes pour la plupart polyvalents, mais il y a tout de même 2 fontainiers et 4 mécaniciens. Il y a en plus 15 jardiniers qui sont chargés de l’entretien des espaces verts aux abords du golf. Il n’y a pas d’équivalent en France.
Dès tes premiers jours, qu’est ce qui t’a frappé en termes d’entretien des golfs dans ce nouveau pays ?
Il y a une chose qui est primordiale, mais normale en Irlande, c’est que tous les greenkeepers sont des golfeurs. Chacun à son niveau, mais tous pratiquent le golf. Le greenkeeper connait ainsi parfaitement les attentes du joueur en termes de terrain. En Irlande, les salaires des greenkeepers sont beaucoup plus élevés qu’en France. Le métier est beaucoup plus valorisé ici. Il est même envié par beaucoup de personnes. Cette reconnaissance est motivante. En France, le golf n’est pas vraiment démocratisé. Ici, tout le monde joue au golf, nous sommes sur une terre golfique et tout le monde veut que les golfs soient magnifiques.
J’ai aussi constaté une différence de mentalité entre les golfeurs français et irlandais. En France, après une journée où il y a eu 200 départs, on va retrouver des divots, des pitchs qui ne sont pas relevés, des bunkers qui ne sont pas ratissés. Ici, c’est impensable pour les joueurs de ne pas ratisser les bunkers ou relever leurs pitchs. Cela limite notamment les maladies et nous fait gagner du temps. La mentalité des golfeurs influe énormément sur la qualité des parcours.
Comment se passe l’entretien du golf ?
Les greens et les bunkers sont entretenus tous les jours. Les avants-greens, les fairways et les départs sont faits trois fois par semaine. Les roughs une seule fois. Nous faisons partie des meilleurs hôtels du monde. Il y a un standing très élevé à respecter et le golf en fait partie. Le green-fee est à 500 € ici. Nous visons l’élite, le parfait. Il y a un plan de fertilisation pour toutes les surfaces de jeu, même les roughs. A Adare Manor, nous sommes très bien équipés. Nous avons presque un budget illimité sur le parcours, les membres payent très cher. Concernant les produits phytopharmaceutiques, les restrictions ne sont pas les mêmes. Certains produits utilisés ici sont interdits en France depuis une dizaine d’années dans l’optique du projet « Zéro Phyto 2025 ».
Quelles machines utilisez-vous ?
Nous sommes principalement équipés en Toro. Nous travaillons surtout avec des petites machines, à part sur les fairways. Les départs, avants-green et greens sont tondus à la simplex. Nous utilisons également des plaques renforcées pour les demi-tours avec les machines afin d’éviter de marquer le sol. L’entretien est très minutieux. Tout est manucuré.
Quels travaux mécaniques effectuez-vous ?
Récemment nous avons effectué une aération avec l’entreprise DryJect. Ceci nous permet d’aérer le sol et de l’amender en même temps. C’est un peu comme si on avait carotté puis sablé sans toutefois mettre du sable partout sur le gazon. Le rendu est très propre après 3 jours d’opération.
Adare Manor accueillera la Ryder Cup en 2027, est-ce que cela a changé l’entretien du golf ?
Il faut plusieurs années après l’installation d’un plan de fertilisation pour avoir un rendu exceptionnel. Le golf sait depuis 1 an ou 2 qu’il accueillera la Ryder Cup. Je pense qu’il commence déjà à préparer des plans de fertilisation pour avoir des résultats conséquents pour la compétition. Le parcours sera certainement redessiné. C’est un parcours « challenging » mais qui n’est, selon moi, pas le plus dur d’une Ryder Cup. Je pense que les fairways seront redessinés pour ajouter de la difficulté.
Nous faisons aussi un changement de graminées pour qu’il n’y en ait qu’une seule et unique sur les surfaces de jeu : le Pure Distinction Bentgrass sur les greens (une agrostide adaptée aux climats tempérés frais ou froids), de l’A4 Bentgrass sur les avant-greens, du Ray-grass pour les fairways et les roughs et de la fétuque pour les hautes herbes.
Peux-tu détailler la gestion de l’eau et l’arrosage ?
Nous arrosons beaucoup à la main, avec un tuyau. Nous utilisons la sonde POGO pour suivre l’humidité dans le sol. Nous effectuons des petits apports localisés grâce à la sonde qui nous permet de cibler les zones à arroser. Le système d’arrosage fonctionne la nuit. Il est équipé de Toro Infinity Series 35/55. Il ne fait pas très chaud en Irlande. Il n’y a pas de chaleurs exceptionnelles donc pas de restriction. Nous avons dépassé les 30°C cet été mais ce n’était pas arrivé depuis 3 ans. Quand je vois les polémiques estivales en France, on en est bien loin en Irlande. Encore une fois le golf ici est très démocratisé et l’objectif est d’avoir les plus beaux golfs possibles.
Après deux mois en Irlande, comment vois-tu ton avenir ?
Au début j’avais quelques appréhensions. Mais je me suis rendu compte que la culture du travail en Irlande correspond aux attentes que j’avais sur les golfs en France. Je ne pouvais pas progresser en France car la qualité de travail que je recherchais n’était pas dans les attentes des golfs français. Je pense que c’est dû à une différence culturelle et à la place accordée au golf dans les deux pays. Ici, c’est le paradis du golf. A l’avenir, je me vois devenir assistant d’un parcours haut de gamme ou alors redevenir responsable d’un parcours de golf milieu de gamme. Mais je suis encore jeune, j’ai beaucoup de choses à apprendre avant.

