En juillet dernier, quatre projets de recherche soumis par Ecoumène dans le cadre du plan Ecophyto II+ ont été acceptés. L’occasion pour nous d’aller rencontrer Ollivier Dours, le responsable R&D de l’Institut, pour qu’il nous présente les travaux menés par cette structure inédite dans la filière des gazons sportifs et détaille les nouveaux projets de recherche de l’Institut pour les 3 années à venir.

L’Institut Ecoumène Golf & Environnement (IEGE) est un organisme de recherche créé en 2006 par l’Agref pour accompagner les intendants de parcours dans la mise en place de pratiques d’entretien respectueuses de l’environnement. L’Agref a en effet intégré très tôt la nécessité de réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. « Bien avant le Grenelle de l’Environnement et la loi Labbé », précise Ollivier Dours, un spécialiste de la protection végétale qui travaille avec l’Agref sur ces sujets depuis 1999 (au sein du CETEV) et a rejoint Ecoumène comme responsable R&D en 2017*.
Le premier axe de travail de l’Institut a été la mise en place d’un réseau d’épidémiosurveillance des gazons à l’échelle du territoire opérationnel depuis 2006. Fort de plus de 130 observateurs référents (dont la moitié sont issus des golfs), il produit des bulletins d’alerte permettant d’anticiper la survenue d’une maladie, d’un ravageur, ou d’une adventice et donc d’agir de manière raisonnée.
Le projet Modège en détail
Piloté par Ecoumène depuis 2018, le projet Modège (acronyme de « Modélisation Gazon Expérimentation ») est le fer de lance de l’Agref pour la mise en œuvre d’une gestion intégrée sur les gazons sportifs afin de réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Cette gestion intégrée passe par l’épidémiosurveillance, les méthodes culturales, le raisonnement de l’irrigation et de la fertilisation mais pas seulement.
Ecoumène travaille ainsi depuis près d’une vingtaine d’année sur des Outils d’Aide à la Décision (OAD) pour la Digitaire sanguine, la Fusariose hivernale et le Dollar Spot, trois des problématiques les plus prégnantes sur les gazons sportifs. Ces modèles, élaborés notamment au travers de partenariat avec des universités américaine et canadienne ainsi que le STRI (l‘équivalent anglais d’Ecoumène) et le Ministère de l’Agriculture, devraient permettre d’améliorer la prévention en se basant sur la saison, le cycle végétatif, le moment de traitement… Ils sont aujourd’hui fonctionnels et devraient être mis à disposition des intendants des gazons sportifs prochainement via l’application Platformgarden.
L’autre volet du projet Modège repose sur l’expérimentation de nouveaux produits de biocontrôle conventionnels et de biostimulation afin de fournir aux professionnels des solutions alternatives aux produits chimiques de synthèse interdits après 2025. Agréé BPE (pour « Bonnes Pratiques d’Expérimentation ») par le COFRAC depuis 2018, Ecoumène a la possibilité de mener les essais in situ nécessaires avant la mise sur le marché de nouveaux produits de synthèse ou de biocontrôle. Une manière pour elle de pouvoir évaluer en conditions réelles (avec les contraintes imposées par l’entretien golfique) les nouveaux produits de biocontrôle et de biostimulation en cours de développement dans les laboratoires des firmes. « Les essais de ces produits sont beaucoup plus difficiles à mettre en place », souligne Ollivier Dours. « Contrairement aux produits de synthèse qui ont généralement une action curative, les produits de biocontrôle doivent être appliqués en préventif. Cela induit des essais plus longs et répétés à différents endroits pour être sûr d’avoir la survenue de la maladie étudiée ». Il ne nous est pas possible d’indiquer les produits actuellement testés par Ecoumène pour des raisons de confidentialité évidentes vis-à-vis des entreprises ayant commandité les essais. En revanche, cette implication d’Ecoumène a notamment permis d’obtenir en 2021 une dérogation de 120 jours pour le Lovell et le soufre micronisé, des produits de biocontrôle à base d’huile de paraffine et de soufre désormais utilisables pour leur action fongicide de manière combinée sur les gazons de graminées à vocation sportive.
Une phase 3 axée sur les collections variétales
Modège 3, lancé l’année dernière, se focalise sur les collections variétales. L’objectif est de réunir sur un même endroit des espèces cultivées sur gazon afin d’étudier leur comportement dans un contexte agroclimatique donné et de pouvoir anticiper les conséquences du changement climatique. Ce dispositif permet également de déterminer la réponse spécifique de chaque espèce à un intrant donné. « La génétique de la plante est d’ailleurs un paramètre important à prendre en compte pour juger de l’efficacité des produits de biostimulation », précise l’expert. Là aussi, la multiplicité des sites sur le territoire est importante pour apporter une réponse adaptée à chaque contexte (climat, gestion…). Il existe à ce jour des collections variétales au Golf de Chantilly (60), au Golf de Chiberta (64) et, depuis peu, au Golf de Saint-Cloud (92) ainsi qu’au Golf de Pont Royal (13). Le nombre de sites accueillant des collections devrait être renforcé grâce au dispositif d’appel à projets dans le cadre d’Ecophyto II+.
Les nouveaux projets présentés dans le cadre d’Ecophyto II+
Les projets de recherche menés par l’Institut sont pour certains cofinancés par la filière (FFG - FFGreen). Le reste des financements provient du ministère de la Transition écologique et solidaire, au travers notamment du plan Ecophyto II+. Porté par l’OFB (Office Français pour la Biodiversité), ce dernier vise notamment à réduire de moitié l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2025. Ecoumène nous présente le résumé des 4 projets acceptés cet été par l'OFB et qui bénéficieront de 3 ans de financement :
• COLVARGAZON : ce projet rejoint Modege 3 puisqu’il vise à déployer des collections variétales gazon sur l’ensemble du territoire, avec l’objectif chiffré de 10 collections sur les golfs (dont les 4 déjà en place) et 10 de plus sur les terrains de sport. Ce dispositif isorisque (composé de parcelles normalisées, non traitées et sans antériorité de traitement) permettra d’une part de faire ressortir des espèces et des variétés intéressantes pour un usage donné dans un contexte climatique donné mais aussi de comparer les sensibilités de chacune des variétés aux différents bioagresseurs.
• RASOPE : ce projet qui sera à priori reporté en 2023 vise à développer un OAD et des méthodes de lutte pour contrôler les tipules et les vers blancs (dont le nouveau ravageur Popillia japonica). Il nécessite notamment la mise au point d’une phéromone capable d’attirer les mâles pour le suivi des vols de tipules (sur le modèle de la lutte contre les chenilles processionnaires par exemple).
• PROSUBASE : Screening des substances de bases par des experts de l’ITAB, du ministère de l’Agriculture et Ollivier Dours pour identifier celles qui pourraient intéresser la filière des gazons sportifs. Une fois les substances sélectionnées, Ecoumène mettra en place des essais pour valider leur efficacité sur graminées.
• PROXIDETECTGAZONS : ce projet mené en partenariat avec des entreprises spécialisées dans les NDVI, vise à identifier sur les emprises les zones de stress biotique et abiotique par analyse multispectrale des gazons au moyen de capteurs embarqués sur les tondeuses afin de n’intervenir que sur les zones qui le nécessitent. Cette démarche pourrait permettre de réduire de 70 % les besoins en intrants des gazons sportifs. Toute la difficulté du projet réside dans la corrélation des chiffres fournis par les capteurs avec les problématiques détectées.
Plus de quinze ans après sa création, l’Agref reste à la pointe en matière de R&D au sein de la filière des gazons sportifs professionnels français comme nous le montrent ces nouveaux projets. Et Ollivier Dours de résumer ce qui l’anime lui et son président, Rémy Dorbeau : « Nous essayons de mener une approche cohérente et globale pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, en utilisant tous les leviers pour réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques sur les gazons sportifs ».
* Ollivier Dours est aussi responsable du réseau SORE (épidémiosurveillance), rapporteur des méthodes CEB (Commission des Essais Biologiques) pour les gazons et pour la mise en place d’essais BPE (pour « Bonnes Pratiques d’Expérimentation ») et le référent de la filière gazons sportifs au sein du Comité Technique Opérationnel Professionnel (CTOP) en charge d’évaluer les usages orphelins pour le compte du ministère de l’Agriculture. Il est également président de Groupe JEVI de Végéphyl, une association tournée vers la protection des plantes. Il est enfin intervenant dans le cadre des formations de l’Agref.

